Accueil du site > Publications > Bulletins > Dernier bulletin

Bulletin n° 38 : Justice transitionnelle

Editorial de Pierre Vincke, Directeur de RCN Justice & Démocratie

Chers lecteurs, chers collègues, chers administrateurs, chers membres,

Je quitte définitivement RCN Justice & Démocratie ce mois-ci. Permettez-moi donc de vous saluer.

Ces 22 mois ont passé très vite. Un premier bilan que l’histoire se chargera de compléter ou de contredire, peut être fait. Je souhaite en tirer quelques leçons.

RCN J&D a, semble-t-il, trouvé une sorte de vitesse de croisière réaliste. La juste mesure entre les ressources et les actions semble trouvée. RCN J&D est une ONG importante dans le domaine du droit et le restera longtemps. Elle emploie environ 100 personnes et son budget oscillera les deux prochaines années entre 4 et 5 millions d’euros minimum. RCN J&D a également réussi sa mutation en émargeant désormais au rang d’ONG agréée par le ministère de la Coopération belge et a obtenu le label de Centre de mémoire.

Les programmes ont également trouvé une nouvelle vitalité. RCN J&D s’est imposé au niveau stratégique de manière incontournable tant auprès des bailleurs que des opérateurs nationaux qui lui savent gré de penser et agir avec eux. Merci à tous ceux qui ont œuvré à ce succès. Florence, Véronique, Pascaline, Anne-Aël, Lionel, Nestor, Aude. Merci aux stagiaires et aux bénévoles pour les services qui allégèrent leurs tâches. Merci autant aux expatriés et au personnel national sur chacun des terrains. Merci enfin au Conseil d’administration qui a facilité et accompagné cette stabilisation.

Deux bémols toutefois. Le premier concerne l’équilibre financier. L’existence même de RCN J&D comme personne morale, c’est-à-dire une personne qui n’est aucun d’entre nous et qui est en même temps chacun d’entre nous, doit primer sur tout autre intérêt. Le Conseil d’administration et la future direction doivent veiller à cette existence. Néanmoins, maintenir le navire à flot n’est pas facile, notamment pour le personnel naviguant. Dès lors, la motivation et le sens des actions doivent être sans cesse aiguisés et la pression désamorcée. C’est la responsabilité de la direction et du Conseil d’administration. C’est la quadrature du cercle, je sais, mais à quoi bon poser un problème s’il est soluble ?

Je souhaite au Conseil d’administration, le gardien de l’institution, d’œuvrer dans la mesure de ses moyens à enrayer la politique de restriction budgétaire qui s’annonce en Europe et qui, après les artistes et les chômeurs, s’attaquera aux associations de développement.

Ce concept de collectivité a-t-il une chance de subsister dans le monde contemporain ? Je ne sais pas. Je doute parfois. Des refondations collectives se construisent à partir de la pauvreté et du besoin. Or nous sommes formatés désormais en tant qu’individus et RCN J&D est structuré sur un modèle d’association assez convenu. Selon moi, il faudra insister sur le rebattement des cartes : obtenir des fonds ailleurs qu’auprès de l’Etat, émarger à des lignes non exclusivement destinées aux ONG, oser des liens avec le secteur privé, s’organiser en conséquence et changer nos mentalités elles-mêmes à ce niveau.

Resterons-nous un réseau de citoyens ? Ou simplement Justice & Démocratie ? Il me semble que ce sont deux valeurs inestimables et que nous pouvons légitimement en porter le flambeau.

RCN Justice & Démocratie continue en tout cas à vivre le plus librement possible avec ses propres mots, car seuls nos mots nous humanisent et nous sommes encore si loin de les avoir trouvés. Si les concepts d’efficacité et d’efficience doivent nier celui de l’instant présent, je ne suis pas preneur. S’ils se conjuguent ensemble, alors nous ne vivrons pas pour nous-mêmes. Pour durer, je souhaite que « vos instants » soient pleins d’eux-mêmes et pas d’un futur qui n’arrive jamais. Mais je souhaite avant tout que nous nous battions où que nous soyons, dedans ou dehors, ici ou là, pour que l’homme lui-même ne soit jamais mesuré. L’estimer, le quantifier, le valoriser serait le tuer insidieusement.

Ceci m’amène enfin à introduire le thème de ce bulletin, la justice transitionnelle. Et si, justement, il s’agissait de transiter vers notre humanité, notre bien inestimable qui nous échappe dès qu’on le tient, de ne pouvoir être possédé ?

Pierre VINCKE, Directeur

Cliquer ici pour avoir accès à la suite du bulletin